Agriculture

Vendredis – Jours de marché à Zikisso

Vendredis – Jours de marché à Zikisso

Je suis certainement de la dernière génération de ceux qui ont connu ces jours de marchés de Zikisso dans toutes leurs splendeurs et dans toutes leurs effervescences : les vendredis.

Que de souvenirs ! De tous les coins et recoins de cette magnifique région, les populations endimanchées (et ce n’était pas dimanche), celles proches de Gnaouérédou, descendaient par flots sur Gboho – le centre historique.

D’autres populations plus proches de Déblé avec la même ferveur et le même enthousiasme allaient s’égayer au marché de Djidji.

Vendredi – jour de marché – jour de retrouvailles – jour de joie – jour de paix – jour d’amour – jour de fraternité – jour de partage !

Ainsi s’écoulaient les vendredis et les autres jours dans ces paisibles contrées.

Mais ça, c’était avant-avant aux temps jadis (comme on le chez nous en Côte d’Ivoire). Aux temps où il y avait encore des jours sacrés.

Ah ! le SACRE gage de nos repères mystico-économico-spatio-temporels.

Les anciens nous racontaient que les vendredis les parents qui nous avaient devancés de l’autre côté du voile devaient à leur tour parcourir les sentiers et les recoins des champs qu’ils nous avaient légués. Avec leurs sueurs et face à leurs devoirs de nourrir leurs progénitures, ils avaient envahi le Kôbê. Ils avaient soumis le Djidjô.

Ils étaient allés aussi loin qu’ils pouvaient suivre le . Ils avaient atteint le Adimi-dimi (lô). Ils avaient vaincu la grande forêt de la Gaga.

Les forêts profondes de Kôbê et de Djidjô qui leur avaient servi de refuges aux temps de la répression du colonisateur étaient devenus leurs alliés les plus sûrs pour ouvrir la voie du développement à ce Zikisso qui leur était cher.

Ils voulaient faire de cette contrée, une région qui compte dans cette Côte d’ivoire – Nation chère.

Nous pouvions bien leur concéder ces jours comme eux les avaient concédés  à leurs parents pour certains trop tôt disparus.

Et le respect de ces jours jadis sacrés était une source de bénédictions. Traversant le voile qui nous sépare de l’autre côté, en ces vendredis-là, nos très chers investissaient notre plan astral et bénissaient les terres. Ils insufflaient aux plantations les forces productives.

Ils remplissaient les cours d’eau de millions de Gadja, de millions Tchékra, etc. Sur les pièges, ils déposaient le Gnêhêssa, le Kpouhlou, le Vâla, source de protéines. Ils traçaient les sentiers afin que les pas du chasseur croisent ceux de la biche royale et du Lohwê qui pouvait nourrir toute la communauté pour un bon moment.

Ainsi ils procuraient le nécessaire vital à ceux qu’ils avaient laissés encore en pèlerinages sur le plan des esprits revêtus de corps visibles.

Ceux qui se hasardaient dans les forêts en ces vendredis-là pouvaient sentir ces forces puissantes en action. Ceux qui avaient le don extraordinaire de la vision mystique pouvaient les voir à leurs œuvres bienfaitrices.

Et pendant qu’ils étaient à leurs devoirs dans le Kôbê et dans le Djidjô, c’était jour de marché à Djidji et à Gboho. Les marchés étaient achalandés de toutes sortes de denrées. Les odeurs de la forêt embaumaient les villages. De partout partaient les cris de joie et de retrouvailles. On se mettait d’accord ici. Là-bas, on négociait âprement. Et on finissait par s’entendre. N’étaient-ils pas tous parents tous gens qui étaient dans ces marchés?

Un jour, nous perdîmes le sens sacré du vendredi ! Et en ces jours-là de nos jours, nos forêts furent envahies.

Ils n’ont plus de quiétude nos aïeux. Ils ne bénissent plus. Ils ne tracent plus les sentiers pour la rencontre du chasseur et de la bête. Ils ne déposent plus le gibier sur les pièges. Les rivières se sont vidées.

Est-ce peut-être le changement climatique ?

 

 

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