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Centenaire. François Hollande, premier Président sur le Chemin des Dames

François Hollande s’est rendu ce dimanche sur le Chemin des Dames (Aisne) pour les 100 ans de cette bataille marquant l’échec mais aussi les sacrifices des armées françaises et le début des mutineries, l’un des épisodes les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale.

François Hollande s’est rendu ce dimanche sur le Chemin des Dames (Aisne) pour les 100 ans de cette bataille. À ses côtés, l’ancien Premier ministre Lionel Jospin. | ETIENNE LAURENT / EPA

C’est la première fois qu’un chef d’État viendra commémorer la bataille du Chemin des Dames qui a engendré des pertes colossales dans les deux camps : 187 000 vies côté français, dont de nombreux tirailleurs sénégalais, et 163 000 côté allemand.

Le chef de l’Etat est arrivé à 9 h 30 accompagné de l’ex-Premier ministre Lionel Jospin, et a été rejoint par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, ainsi qu’une dizaine d’élus dont le député de l’Aisne René Dosière (PS).

« Votre présence est un aboutissement mais aussi une rupture car ce lieu a été marginalisé dans l’Histoire de France », lui a glissé Nicolas Offenstadt, historien associé aux commémorations, tout en affirmant que la venue de Lionel Jospin en 1998 avait contribué à créer « un regain d’intérêt » des Français pour cette bataille longtemps reléguée dans l’ombre.

« La Chanson de Craonne » entonnée pour la première fois lors d’une cérémonie officielle

« Ce centenaire doit permettre de réintégrer pleinement dans la mémoire nationale de la Grande Guerre celle du Chemin des Dames, trop longtemps marginalisée et dans l’ombre de Verdun, de la Somme et de la Marne », selon le secrétariat d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

Le président de la République s’est d’abord rendu sur le Plateau de Californie, un des lieux emblématiques de la bataille situé à quelques kilomètres de Craonne (prononcer: Cranne).

De ce village martyr avait démarré avant l’aube une marche commentée de 5 km à laquelle ont participé environ 2.500 personnes de tous âges, selon les organisateurs.

Pour la première fois lors d’une cérémonie officielle, un choeur composé d’une cinquantaine de choristes dont des collégiens a entonné au son de l’accordéon la « Chanson de Craonne », hymne censuré par le commandement militaire et interdite jusqu’en 1974 : « Adieu la vie/Adieu l’amour/Adieu toutes les femmes/(…) C’est à Craonne, sur le plateau/qu’on doit laisser sa peau/car nous sommes tous condamnés/C’est nous les sacrifiés! »

François Hollande, dont un grand-père servit comme sergent dans l’infanterie au Chemin des Dames, a fait ensuite étape à Oulches-la-Vallée-Foulon dans la Caverne du Dragon, une grotte transformée en caserne puis en musée.

Il y a inauguré « Ils n’ont pas choisi leur sépulture », une sculpture en hommage aux soldats tombés en 14-18, étreignant chaleureusement son créateur Haïm Kern. L’artiste avait réalisé une première oeuvre similaire en 1998 mais elle avait été dérobée en août 2014 et démantelée.

2 500 invités et 1 300 participants à la cérémonie officielle

Il a ensuite rejoint Cerny-en-Laonnois, où il s’est recueilli dans le cimetière militaire allemand, abritant les restes de plus de 7 500 soldats, aux côtés de l’ambassadeur d’Allemagne, Nikolaus Meyer-Landrut, avant de prononcer une allocution devant la nécropole nationale.

2 500 invités et 1 300 particuliers assistent à cette cérémonie officielle. Parmi eux, Gérard, 55 ans, qui tenait « impérativement » à être présent : « Mon enfance a été baignée par l’histoire du Chemin des Dames, c’est ancré dans ma mémoire ».

Uniforme allemand sur le dos, Florian Vilmin, 33 ans et membre de l’association « Les francs-tireurs lorrains », est ému par cette cérémonie « symbolique » : « Dans cette guerre, mes ancêtres se sont battus les uns contre les autres, certains étaient du côté français, d’autres du côté allemand. »

La journée de commémorations doit se clore par un moment de recueillement lors d’une grande veillée du souvenir dans plus de 280 communes de l’Aisne dont Craonnelle où se trouve une nécropole nationale.

Ne pas faire de l’Europe « le bouc-émissaire de nos renoncements »

Lors de la commémoration, le président François Hollande a appelé à « ne pas faire de l’Europe le bouc-émissaire de nos renoncements ».

« Aujourd’hui que l’Europe a su nous prémunir de la guerre et des conflits, préservons-là plutôt que d’en faire le bouc-émissaire de nos renoncements », a déclaré le chef de l’Etat alors que plusieurs candidats à l’élection présidentielle évoquent une sortie de l’Union européenne.

« L’Histoire bégaie quand le nationalisme ressurgit avec d’autres traits (…) », a affirmé François Hollande. Cela, a-t-il dit, conduit à « repenser aux institutions et aux actes qui ont garanti la paix depuis 70 ans : les Nations Unies, qu’il nous faut encore défendre, l’Europe unie, qu’il nous faut encore promouvoir, et le couple franco-allemand qu’il nous faut encore rapprocher et chérir ».

« Battons-nous à notre façon jusqu’à notre dernier souffle, jusqu’à notre dernier instant de responsabilité, pour la dignité humaine et pour la réconciliation de toutes les mémoires, c’est ce double message d’unité et de paix que nous portons en revenant cent ans plus tard sur le Chemin des Dames », a poursuivi le président de la République.

« Luttons pour cette exigence d’humanité partout où des massacres sont commis par des dictateurs cyniques, battons-nous pour éviter la résurgence des empires et affirmer la force du droit international », a encore déclaré M. Hollande.

« Toutes les mémoires de la Grande Guerre »

Selon lui, « si la liberté et la démocratie progressent, si les injustices reculent, la guerre est toujours là, qui écrase, qui massacre, qui gaze jusqu’à des enfants innocents, qui jette sur les routes de l’exil des milliers de réfugiés ».

De même, « la barbarie est toujours là, quand le terrorisme frappe sur notre sol, mais aussi dans d’autres villes à Londres, Stockholm, le Caire, Alexandrie, ne serait-ce que ces dernières semaines. »

Revenant sur les mutineries qui s’étaient produites au Chemin des Dames, le président a estimé qu’aujourd’hui, « il ne s’agit plus de juger, mais de rassembler ». Les hommes fusillés « voulaient défendre leur patrie, comme les autres », a-t-il soutenu.

Il a rappelé qu’en 1998, « le Premier ministre Lionel Jospin avait demandé qu’ils réintègrent pleinement notre mémoire collective nationale ».

Dix ans plus tard, à la nécropole de Douaumont, Nicolas Sarkozy s’était inscrit dans ses pas en affirmant que ces soldats n’étaient « pas des lâches mais étaient allés à l’extrême limite de leurs forces », a encore dit François Hollande.

Pour le chef de l’Etat, le Chemin des Dames « rassemble toutes les mémoires de la Grande Guerre »: celles des soldats de métropole, des « 7519 soldats allemands ensevelis », des « troupes d’Afrique du nord », des « kanaks supplétifs de l’armée française (…) parmi les plus touchés – un tiers ne revint jamais – », celle des « tirailleurs sénégalais (…) qui montèrent en première ligne à l’assaut de la crête ».

« C’est à eux que j’ai pensé lorsque j’ai engagé nos forces au Mali le 11 janvier 2013 », a-t-il dit.

Après le fiasco, les mutineries

La bataille du Chemin des Dames demeure entourée par « un grand silence dans l’historiographie » mais aussi « dans les manuels scolaires, dans les discours » alors que c’est « un échec d’une offensive française qui a conduit à des mutineries colossales », souligne Nicolas Offenstadt, historien associé aux commémorations.

Après la victoire-symbole de Verdun, les Alliés français et anglais décident de reprendre une guerre de mouvement pour faire reculer le front allemand, mais les poilus peinent à progresser, se heurtant au relief escarpé de ce chemin de crête pilonné par les obus.

L’offensive du général Nivelle, censée être rapide et décisive grâce à l’utilisation des tout premiers chars de combats, tourne au fiasco et s’éternise : les combats durent finalement jusqu’à la prise du fort de la Malmaison, le 25 octobre 1917. Côté français, ils mobiliseront un million d’hommes.

Nivelle, limogé le 15 mai, cède sa place au général Philippe Pétain, dont la première mission est de gérer la fronde qui s’organise à l’arrière, touchant entre 30 000 et 40 000 hommes. Les mutineries au sein de l’armée, et les « fusillés pour l’exemple » qui ont suivi – il y en eut 26, quelque 500 autres condamnés à mort furent graciés – découlent de la crise du moral des troupes exsangues, lasses de risquer leur vie dans des conditions déplorables.

Source Ouest-France

 

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